Les berbères sont un peuple autochtone d’Afrique du Nord. Ils sont répartis sur près de 5 millions de kms carrés, depuis les îles Canaries jusqu’à l’ouest de l’Egypte, en différents groupes de culture et de langue commune (le berbère ou tamazight), déclinée en dialectes locaux.

 

Les Berbères sont également et largement représentés dans les populations issues de l’immigration vers la France, la Belgique, les Pays Bas, l’Espagne, les Etats Unis et le Canada. A l’exception des Touaregs, les berbères sont sédentaires.

 

Les Berbères se désignent d’abord par leur ethnie : Kabyles, Rifains, Touaregs, etc. Avec l’émergence du mouvement Berbériste, certains néologismes ont vu le jour, l’un pour désigner l’ensemble des ethnies berbères « Imazighen » (le pluriel d’ »Amazigh », qui signifie « hommes libres », et l’autre « Tamzgha » pour désigner l’espace géographique nord africain. Ces néologismes se sont généralisés et ont été adoptés par les Berbères.

 

La population totale sur le continent africain et dans les pays d’immigration est estimée à 25 millions. Le Maroc à lui seul en compte 12 millions, l’Algérie 8 millions 500 000.

Leur religion, à l’origine animiste, se répartit dans l’islam, le christianisme et le judaïsme.

 

Les origines

 

La question de l’origine des Berbères a fait couler beaucoup d’encre. Dés l’Antiquité, les historiens se sont penchés sur l’histoire des Berbères. Aujourd’hui encore, la question des origines est au cœur de débats passionnés, nourris par le conflit actuel entre, les militants de la cause identitaire berbère qui s’appuient sur les recherches scientifiques modernes, d’un côté, et leurs opposants qui se basent sur les récits de l’Antiquité et du Moyen Age, de l’autre.

 

La science a fait beaucoup de progrès ces dernières années, notamment en génétique : les tests ADN effectués sur les différentes ethnies d’Afrique du Nord (Berbères et Arabes) ont permis de confirmer que les Nord Africains sont de souche majoritairement berbère, mais infirment la théorie selon laquelle les Berbères viendraient du Yémen.

La génétique, l’anthropologie, l’étude linguistique nous apprennent que le peuplement de l’Afrique du Nord a commencé il y a déjà 30 000 ans, c’est à dire bien avant que les peuples du Moyen Orient ne parlent une langue sémitique, ou que les Perses, les Indiens et les Européens ne parlent indo-européen.

 

Au Paléolithique, vivait l’homme de Taforalt et celui d’Afalou : ils étaient de type « cromagnoïde » Des tests génétiques sur les squelettes de Taforalt ont confirmé l’origine ouest-eurasienne de ce type anthropologique.

 

Au Néolithique, l’Afalou fut remplacé par le capsien de type « méditerranoïde » venant de l’est de la Tunisie. La culture capsienne est souvent décrite comme proto-berbère.

 

 

Histoire

 

Le nom de « berbère » est issu de barbarus, donné par les gréco-romains à tout ce qui n’était pas de coutumes et de civilisation gréco-romaines. Les Romains n’ont jamais réussi à soumettre ces peuples, même après la prise de Carthage au II siècle av. J.C, d’où leur nom.

Parmi quelques grands noms de l’histoire antique amazighe, on peut citer : Mesnsen (Massinissa), Yugurthen (Jugurtha), Juba II, Apulée, Saint Cyprien, Saint Augustin, Dihya (Kahena), Kuseilan.

 

L’époque moderne

 

La culture et les langues berbères ont survécu aux  grandes conquêtes vandales, romaines, byzantines, arabes (VII siècle) jusqu’à l’occupation française, en passant par la présence turque.

 

Cette culture reste vivante en Algérie et au Maroc, qui comprennent une grande partie des berbères. Elle est aussi présente en Libye et en Tunisie et dans une grande partie du Sahara – Touaregs en Algérie, Burkina Faso,  Mali, Niger.

 

En 1980, éclatent les manifestations du Printemps berbère, au cours desquelles les berbérophones de Kabylie et d’Alger réclament l’officialisation de leur langue.

En 1996, une réforme de la Constitution algérienne reconnaît la dimension berbère du pays aux côtés de l’arabe et de l’islam. Parallèlement, les autorités fondent une Haut Commissariat à l’amazighité.

 

En 2000, la chaîne Berbère Télévision commence à émettre dans cette langue depuis Paris.

 

Le 17 octobre 2001, le roi Mohammed VI du Maroc crée l’Institut Royal de la Culture Amazigh (IRCAM) pour promouvoir la culture berbère.

 

La langue

 

Le berbère (tamazight) est à l’origine une langue du groupe afro-asiatique, représentée aujourd’hui par ses variantes parlées par les berbères. Ces variantes sont présentes depuis les îles Canaries jusqu’à l’Egypte, en passant par l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, le Niger et le Mali. On en dénombre une trentaine de variantes, restées proches les unes des autres, malgré la pression conjuguée de l’arabe et du français. On estime le nombre de locuteurs à 20 millions.

 

 Le berbère possède son propre système d’écriture que les Touaregs ont conservé : le tifinagh.

 

Le Maroc est le premier pays berbérophone avec une estimation de 40% de pratiquants du tamazight avec 4 variantes : le chleuh (tachelhit), le zayane (braber), le rifain (tarifit) et le ghomara.

 

Le chleuh est la variante berbère la plus pratiquée avec 8 à 10 millions de locuteurs. C’est le dialecte parlé dans la vallée d’OUZOUD.

 

Il se pourrait que le terme « Chleuh », d’origine arabe, vienne d’achluh, qui siginifie « natte en jonc, en alfa ou en palmier », dont on tissait les tentes.

Leur nom fut utilisé par Pierre Dac pour désigner les Allemands pendant la deuxième guerre mondiale, dans sa chanson « j’vais m’faire chleuh ! ». Il devint alors synonyme de Boches.

Il reprenait ainsi un usage récent de l’armée française qui, après l’installation du protectorat français au Maroc en 1911, avait dû affronter une vive résistance des combattants marocains. Cette pacification, proche par certains aspects d’une guerre coloniale, ne s’est véritablement achevée qu’à la fin des années 20.

Parmi les combattants les plus farouches, les guerriers chleuhs avaient apparemment laissé un souvenir cuisant aux militaires français, puisque pendant deux conflits mondiaux, leurs adversaires principaux, les Allemands, sont devenus « les Chleuhs ».

 

AUJOURD’HUI AU MAROC

 

L’IRCAM (Institut Royal de la Culture Amazigh) a élaboré une synthèse des quatre dialectes berbères principaux afin de pouvoir l’enseigner dans les écoles primaires sur l’ensemble du territoire marocain. Les élèves, ont ainsi accès à la langue de leurs parents, sous forme de manuels scolaires et d’apprentissage à l’écriture tifinagh.

Le manque d’enseignants formés à cette langue ne permet pas encore sa diffusion dans l’ensemble du système scolaire mais la volonté du pouvoir est affirmée.

Ce revirement de situation (durant le règne de Hassan II la langue et la culture berbère étaient méprisées voire interdites) est probablement sous tendu par la nécessité  impérieuse, pour Mohammed VI, de tenter de combattre l’influence de la culture arabe extrémiste, telle qu’elle tente de s’infiltrer par le biais de l’Arabie Saoudite principalement. Le peuple berbère pratique en effet, pour la grande majorité, un islam modéré et est farouchement attaché à ses traditions et à ses valeurs propres. Il est très difficilement influençable comme le démontre sa résistance à toute forme d’assimilation.

Mais le danger de la perte de sa référence culturelle est bien réel avec la migration vers les villes des jeunes cherchant un travail pour survivre. Ceux qui ont eu accès aux études supérieures, sont  souvent de farouches défenseurs de l’identité berbère. De nombreuses associations berbères sont actives sur le terrain. Elles jouent un rôle social, d’information et de relais entre le peuple, très souvent encore analphabète et le Pouvoir.

La dictature de l’ancienne monarchie, le mépris et les brimades qu’ont subi le peuple berbère durant plusieurs générations ont fragilisé la conscience de la Berbérité chez les plus humbles et à contrario, stimulent à présent l’engagement politique des plus instruits.